Je l'ai reconnu tout de suite. Faut dire que j'ai fait exprès de passer par là; un détour trop évident pour faire croire que c'était un hasard. Il faisait si beau aujourd'hui; assez chaud pour que les punks sortent leur squeegees et énervent les automobilistes. Assez chaud pour que je fasse un détour pour voir si un beau punk travaillerait... Si j'étais chanceuse, peut-être que l'autre serait là... mais c'est son ami qui l'était.
Le roux qui l'avait accompagné à Vancouver. Je me demande si il me reconnaît. J'arrête de marcher et je le regarde droit dans les yeux. Ça y'est. Il me reconnaît.
Il paraissait en bien meilleur état que la dernière fois que je l'avait apercu au Carré St-Louis il y a environ 9 mois, acompagné de son ami avec mon argent dans les poches...
Je me souviens d'un jour d'été au soleil fracassant, il était couché sur le trottoir, en plein sevrage. Devant moi gisait la souffrance en état pur et elle faisait de son mieux pour y mettre fin, si ce n'était que pour quelques heures. L'argent ne venait pas. Le chandail sali par le contenu de son estomac contracté, il avait mal et je n'avais rien à lui donner.
Ce jour d'été là, il me marqua par une phrase des plus percutantes.
The only thing worse than how I'm feeling right now is knowing that it's going to be much worse tomorrow.
La seule chose pire que la façon de je me sens en ce moment, c'est de savoir que ça serait encore pire demain.
Brutale comme phrase. Elle me trotte encore dans la tête.
Aujourd'hui, il était devant moi. On discuta brèvement. Il me reconnait.
Il m'annonce qu'il a arrêté l'héroine. Je lui réponds qu'au moins un des deux a réussi. Je crois qu'il est d'accord.
Il m'annonce que Jay est encore à Vancouver. Je sais. Je lui réponds qu'il est surement dans une allée sombre au moment même. Je crois qu'il est d'accord.
Je sais qu'il comprends ma rage. Je le vois à travers cette nouvelle façon incomfortable de me parler. Il se sent coupable de m'avoir rassuré à son sujet. Il se sent coupable de ne pas m'avoir prévenu une troisième fois.
Il me demande quelques sous. Je lui réponds que j'leur ai déjà donné assez. Ça ne prends que 30 secondes pour que je lui sort mon dollar. C'est moi qui se sent coupable.
il y a 1 heure
