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jeudi 3 avril 2008

Son ami

Je l'ai reconnu tout de suite. Faut dire que j'ai fait exprès de passer par là; un détour trop évident pour faire croire que c'était un hasard. Il faisait si beau aujourd'hui; assez chaud pour que les punks sortent leur squeegees et énervent les automobilistes. Assez chaud pour que je fasse un détour pour voir si un beau punk travaillerait... Si j'étais chanceuse, peut-être que l'autre serait là... mais c'est son ami qui l'était.

Le roux qui l'avait accompagné à Vancouver. Je me demande si il me reconnaît. J'arrête de marcher et je le regarde droit dans les yeux. Ça y'est. Il me reconnaît.

Il paraissait en bien meilleur état que la dernière fois que je l'avait apercu au Carré St-Louis il y a environ 9 mois, acompagné de son ami avec mon argent dans les poches...

Je me souviens d'un jour d'été au soleil fracassant, il était couché sur le trottoir, en plein sevrage. Devant moi gisait la souffrance en état pur et elle faisait de son mieux pour y mettre fin, si ce n'était que pour quelques heures. L'argent ne venait pas. Le chandail sali par le contenu de son estomac contracté, il avait mal et je n'avais rien à lui donner.

Ce jour d'été là, il me marqua par une phrase des plus percutantes.

The only thing worse than how I'm feeling right now is knowing that it's going to be much worse tomorrow.
La seule chose pire que la façon de je me sens en ce moment, c'est de savoir que ça serait encore pire demain.

Brutale comme phrase. Elle me trotte encore dans la tête.

Aujourd'hui, il était devant moi. On discuta brèvement. Il me reconnait.

Il m'annonce qu'il a arrêté l'héroine. Je lui réponds qu'au moins un des deux a réussi. Je crois qu'il est d'accord.

Il m'annonce que Jay est encore à Vancouver. Je sais. Je lui réponds qu'il est surement dans une allée sombre au moment même. Je crois qu'il est d'accord.

Je sais qu'il comprends ma rage. Je le vois à travers cette nouvelle façon incomfortable de me parler. Il se sent coupable de m'avoir rassuré à son sujet. Il se sent coupable de ne pas m'avoir prévenu une troisième fois.

Il me demande quelques sous. Je lui réponds que j'leur ai déjà donné assez. Ça ne prends que 30 secondes pour que je lui sort mon dollar. C'est moi qui se sent coupable.

jeudi 8 novembre 2007

Junkie Jay: Sept fois


Je l'ai reconnu aussitôt, à une rue de distance. Facile de se rappeler de sa figure qu'il a tatouée comme un idiot. Mais je ne m'attendais pas à le voir cet après-midi-là. En quelques secondes, les battements de mon coeur se rapprochent et mes jambes suivent le rythme. Je me lance vers lui, je traverse la rue Sherbrooke, lumière rouge ou verte, je me dirige vers le même endroit ou il m'embrassait deux ans auparavant. Il ne me voit pas encore.

Deux années; j'ai tenté d'oublier, j'ai réussi pour un moment. Il y avait la plage et les pseudo-copains américains, pas de place pour une plaie montréalaise. Mais à mon retour, les images sont revenues et j'ai été dans l'obligation de repartir, faire semblant à New York et à Paris. J'y pensait encore souvent, et je suis revenue à la maison.

Assis près de son sac, il me demande quelques sous; il ne me reconnait pas, il observe le sol. Je m'arrête et je le fixe, son regard s'accroche au mien. Il se lève. Les yeux dans les yeux, il me parle mais je n'entends rien, je me perds dans son regard, je ne le laisse pas tomber. Pas une autre fois.

Je crois qu'il me fait ses excuses, il me prends les mains, il serre fort. J'avais attendu 2 ans pour ce moment. Mes bras autour de son cou, je serre très fort. J'ai les larmes aux yeux.

Avoir donné autant pour si peu en échange. Maintenant, tout s'efface; les fois où il m'a laissée des heures sans m'avertir, les nuits où je me suis inquiétée à n'en plus dormir, les conneries qu'il m'a fait gober, les centaines de dollars prêtés, les mensonges sur sa consommation et son identité, les aiguilles que j'ai du acheter, les fois où je me suis torturée à le regardé faire.

Il me fait ses excuses, il me prends les mains, I'm sorry, I'm sorry. J'avais planifié ce moment pour 2 ans. Mes bras autour de son cou, je serre très fort. J'ai les larmes aux yeux, lui aussi.

Et le voilà à mes pieds, il s'étouffe, il crache. Il doit réellement regretter maintenant.

(___Joli garçon, tu ne m'auras plus.)

dimanche 5 août 2007

Junkie Jay: Dirty Bastard (pt.3)

Chapitre 3: Dirty Bastard

Aucunes nouvelles depuis 2 semaines. Il a été arrêté, il est tombé malade, il s'est perdu, il fait dodo, il est mort; toutes les histoires les plus tragico-romatiques faisaient la file dans mon petit esprit naïf. On m'avait avertie, je ne voulais rien entendre. Alors que je marchais dans son coin avec l'espoir de le revoir et qu'on se réconcilie et qu'on l'on vive happily ever after avec un chien et une maison, j'ai rencontré son supposé meilleur ami. Ses premiers mots, des excuses.

Il me demande comment j'ai pu être aussi naïve, que je suis plus intelligente que ça, que je suis tellement spéciale, que je suis si belle, que je mérite bien plus, que je suis absolutelty amazing. Il me dit qu'il est sûrement en train de m'éviter. Il ne cesse de s'excuser. Avant de partir, il m'embrasse, il m'embrasse! Je ne comprends plus rien. Je n'y crois plus, c'est de l'arnaque lorsqu'on m'embrasse.

Je ne veux plus le voir. Non non non, j'ai besoin de le revoir. Je m'ennuie. Il me manque. Je vais le pardonner. Je m'ennuie. J'ai peur. Évidemment, je l'ai retrouvé, plusieurs jours plus tard. Assis par terre sur la rue Sherbrooke, avec un petit chien. Je ne savais pas comment réagir, il voulait me parler.

- Where were you?!

Où étais-je? Et lui, où-est ce qu'il s'était caché? Paraît qu'on ne s'est justement pas croisé et qu'il avait mon argent, il avait mon argent mais comme je ne me suis pas pointé pour une semaine, il a décidé de le dépenser, qu'il n'a pas pu se contrôler. Il me le jure, il me le jure, il me le jure. C'était de ma faute, alors. Je suis heureuse, je l'ai retrouvé, il n'est pas mort et il n'est pas parti. Je lui répete ce que son ami m'a dit, il est extrêmement offusqué, mais non, ne te fâche pas, c'est mes copains qui m'ont dit ça, ils ne te comprennent pas....

(C'est de ma faute, chéri, ne t'en va pas)

Je dois attendre encore deux semaines pour mon argent. Il me le promet. Il me laisse même ses objets favoris, I never leave the city without these. Trust me, trust me, trust me, do you trust me? Son meilleur ami s'excuse, il dit qu'il avait tort et que Jay m'aime bien, qu'il ne me ferait pas ça. Je gobe tout.

Il a un petit chien, le plus beau et le plus gentil, c'est mon ami quand on passe des heures dehors pour faire de l'argent. J'adore son petit chien, petit bébé. J'avance de l'argent pour le vétérinaire, pour ses piqures, ça coûte cher, mais qui voudrait qu'un bébé chien meure? Pas moi. Pas lui.

- I'll give everything back, trust me trust me trust me, please trust me.

Je l'amène dans un bar, je lui paye un pichet de bière, raconte moi quelque chose que je ne sais pas et que je devrais savoir.

- Um... I do heroin.

Il croit que je ne sais rien. Il me prends pour une épaisse. Ça me dérange un peu, il sait que ça me dérange. Il commence à paranoyer. Il raconte que la police est après lui. Un agent discute sur St-Laurent, on s'enfuit par la porte arrière, on court longtemps.

Je ne le retrouve plus. Il est revenu. Je le perds. Il part pour des heures. C'est dur. J'ai peur qu'il soit déjà rendu à Vancouver. Il réapparaît.

Il reçoit son chèque demain. À ma sortie du métro, je le vois, il entre au H2O. On s'embrasse, je vais avoir mon argent, il me dit qu'il est gelé dans le compte à son ami, 4 jours de plus à attendre. Il me dit d'aller dire bonjour à mon amie en haut. Il insiste, je le fais. On redescend en bas, il a un nouveau chapeau, son ami lui a avancé.

Ils doivent aller se mettre des aiguilles dans les bras, je dois regarder encore. J'ai vu ça maintenant 4 fois, je n'aime pas plus ça. Ils ont fini, ils s'excusent, on va au carré St-Louis, on parle. Ce n'est pas comme d'habitude. Il m'embrasse, il dit qu'il va revenir plus tard.

Il commence à pleuvoir, moi et mon amie discutons à l'abri. Je lui explique l'histoire avec l'argent, je commence par lui dire qu'il me doit un peu plus de 20$. Elle me dit qu'il a tout dans ses poches. Elle est frustrée, je capote. Ensuite je corrige, 50$, il me doit 50$. Elle s'enrage. Le chiffre monte. Elle s'énerve graduellement. À la fin de la soirée, 350$, j'avoue tout.

Je pleure, je pleure, je pleure.

Je ne l'ai plus jamais revu.

Il est à Vancouver.

vendredi 3 août 2007

Junkie Jay: Asshole (pt.2)

Chapitre 2: Asshole

Le lendemain matin, j'étais déjà en train de le chercher et ça n'a pas pris trop longtemps. Encore le même coin de rue, windshield washer.

Quand je lui parle, il arrive qu'il ferme les yeux. Soit il me dit qu'il pense, soit il me dit qu'il repose ses yeux. Je gobe tout.

Il m'emprunte mon téléphone, c'est pour de la drogue. Je le suit, je reste avec lui, j'n'ai pas envie d'attendre comme la dernière fois. On marche, on parle, c'est tout à fait naturel. Je suis bien auprès de lui, je m'en suis convaincue.

Il me raconte qu'il va se faire tattooer la face. La face! Sa belle petite face. Des grosses marques sur les joues. Quel con.

On arrive à destination. J'ai réalisé enfin qu'il s'en va acheter de l'héroïne. Avec l'argent que je lui avancé. Mon chéri reçoit un chèque de 1000$ par mois parce qu'il est malade alors je lui ai avancé. En fait, je lui avais déjà avancé de l'argent. Il ne restait qu'une semaine. Un petit 20 ici et là, mais ça remontait déjà à 100 quelques dollars. Il me dit qu'il se sent mal de m'emprunter autant et qu'il me promet de tout remettre. Je gobe tout.

C'est une fille qui lui vends sa cochonnerie, une maigrelette qui a l'air jolie de loin. Il va se cacher derrière un mur de béton, je préfère rester loin. Je déteste les aiguilles, je déteste l'héroïne, je déteste savoir qu'il fait ça.

- FUCK!!!

J'arrête de respirer, quelque chose vient se passer. J'ai peur j'ai peur j'ai peur. Il sort de derrière son mur de béton avec son aiguille sanglante dans la main. Elle vient de bloquer et on doit aller à la pharmacie en chercher. J'ai acheté un kit d'aiguille au Pharmaprix, la dame au comptoir me dévisage. Petite fille toute propre avec un gros méchant loup. Le kit coûte un dollar, je paye avec débit. On sort de la pharmacie, il s'assieds sur le côté de l'édifice. Je reste avec lui, je reste avec lui, j'ai pas envie que quelque chose d'autre se passe. Je le vois préparer son amour, il injecte du liquide jaune dans son aiguille. Ses yeux englobent sa figure. Il l'insère dans son bras, j'ai le coeur qui explose. J'ai peur j'ai peur j'ai peur, je ne sait pas comment réagit une personne sur l'héroïne. Il s'excuse, il m'embrasse, il range son aiguille, il ne laisse rien traîner.

Il ne réagit pas, ce n'est pas comme dans les films. Mais quelques minutes plus tard, ses pas sont plus lourds. Je l'aide à marcher. Il essaie d'allumer sa cigarette, le plus long 5 minutes de ma vie. Il ne veut pas que je l'aide, c'est son problème. Tout le monde nous regarde. Il essaie d'allumer sa cigarette, ses genous sont sur le bord de céder. J'ai peur j'ai peur j'ai peur, je m'inquiète pour lui.

On arrive au coin de notre rue, il s'assieds avec moi et me parle un peu. Il me parle mais il n'est pas là, il est parti. Je me rappelle de la fois ou il m'a dit qu'il ne faisait pas d'héroïne. Il m'avait menti. Mais je veux rester avec lui. Je suis bien avec lui.

On se revoit plusieurs fois ensuite. Il ne fait plus d'héroïne à côté de moi. Et puis un jour, il disparaît. C'est le premier du mois. Je le cherche à tout les jours.

Je demande aux gens ou il est. Je suis enragée, j'ai peur, je ne sais pas ou il est. J'ai peur de m'être fait duper.

Junkie Jay: Motherfucker

Histoire conne que je supplie de raconter à tout les autres, j'en suis toujours pas revenue. Pourquoi me retiendrais-je maintenant? Je me suis tue par respect, j'ai démoli tout ce que j'avais écris sur monsieur par respect, des oeuvres littéraires les amis, et voilà, il me crache à la figure. Symboliquement, sinon je lui aurai arraché les yeux.

Vous l'avez demandé, ça me gruge encore l'intérieur, alors la voici; l'ancien hit pop, l'histoire intégrale de Junkie Jay, version Hollywood.



Chapitre 1: Motherfucker

Cristine? You're very beautiful, nice to meet you, I'm Jay. I'll see you around?

Quelle belle façon d'accrocher une fille à son hameçon rouillé. J'ai toujours eu un faible pour les marginaux, les artistes et les crottés, mais lui, il s'était endormi l'autre bord de la limite, l'aiguille plantée dans le bras.

Quelques jour après notre rencontre, je le retrouve sur St-Laurent, en train de laver des vitres d'autos propres. Je viens de me faire poser un lapin par un garçon qui m'a fait voyager jusqu'à la gare Bonaventure pour le voir. Je suis fâchée, mais tant pis, je m'y attendais. On discute, on discute. J'ai nul part où coucher et voilà qu'il m'offre de venir dormir avec lui chez la blonde de son ami. Il ne se sentait pas particulièrement bien et il avait besoin de soutient moral. Je n'ai pas bien d'autres choix et j'ai plutôt envie de rester avec lui et de le connaître; il lave son quota de windshields et on s'y rends.

- I won't try to have sex with you, promise.

Il est tellement beau. Crasseux, peut-être, mais j'ai malheureusement toujours cru que je réussirais à les laver. On dort sur le divan, on s'embrasse, collés. Je n'ai jamais eu de misère à embrasser les crottés.

L'appartement de la fille est très joli, elle embrasse les dans la rue elle aussi, on dirait.

Quand il dort, il a des spasmes, ses muscles dans les bras et les jambes se contractent. Nerve damage, selon lui.

Le lendemain matin, il s'en va au dépanneur. Il emprunte de l'argent à la copine de son ami, il m'assure qu'il va lui remettre. C'est de l'argent américain. Elle ne le sait pas. Il revient avec du jus de pêches pour moi, une grosse bière pour lui. On regarde Indiana Jones; on parle à la télévision, on lui dit de ne pas aller là, ne pas aller là.

Il est allé là.

- Morning, honey.

Il dit qu'il doit aller chercher de la drogue, je m'en fout. Lui et son ami parlent en codes, en jargon de rue que je ne comprends toujours pas. Je sais effectivement qu'il ne vont pas s'acheter de la marijuana. Il s'en va, il ne revient pas tout de suite. Ça prends longtemps. J'vais faire un tour au Presse Café. Son ami est content, je lui en ai acheté un muffin aux bleuets. Brisures de chocolat pour Jay. J'écoute les téléannonces, achète-moi un Magic Bullet.

- Luuuucy, I'm hooome!

Enfin, après 2 heures. 4 ou 5 de nos bisous plus tard, ils partent dans la cuisine. Ils consomment leur drogue loin de moi, ils sont au courant que je suis pas comme eux. Je ne sais pas c'est quoi, leur drogue.

Jay revient sur le divan. Il a l'air fatigué, il s'endort un peu. Son ami fait plein de ménage, c'était de la cocaïne. Je me demande pourquoi Jay ne réagis pas comme lui. Je ne sais pas, je ne sais pas. Il mange son muffin, brisures de chocolat c'est sa sorte préférée.

Ses bras sont pleins de cicatrices, pleins de vieilles cicatrices, des grosses lamelles de peaux semblent avoir été coupées avec un épluche-patates. Des vieux trous aussi, on dirait un ancien héroïnomane. Pauvre garçon, il est trop intelligent pour cette connerie. Il s'endort sur moi, je lui flatte les cheveux. Je ne sais vraiment pas c'est quoi, leur drogue.

Il pleut dehors mais ils doivent travailler, laver des windshields pour des vingt-cinq sous et des dollars. Je vais acheter de la nourriture, des cheeseburgers et des hotdogs. Je m'en fout, j'ai plein d'argent et c'est fait pour dépenser, de l'argent.

- Is it possible that you might want to be my girlfriend one day?

We'll see, je réponds, mais à l'intérieur, c'est oui oui oui oui oui oui oui oui oui.

dimanche 1 juillet 2007

Bordel de merde

Je ne sais pas qui croire. Je suis très fâchée. On m'a dit qu'il l'avait eu son chèque, et lui il m'a dit qu'il était gelé à la banque.
Vous aviez raison; je ne vous ai pas écoutés et j'lui ai donné une chance pareil.
Quel monde de merde... JE VEUX MON ARGENT! JE VEUX MON ARGENT!

Je voudrais tellement croire ses histoires, j'espère vraiment que ce soit les autres qui aient tort...

Mais on m'a dit que c'est un fake, un menteur, un crosseur selon une source qui le connaît depuis longtemps. Une de ses amies, en fait.

J'sais pas. J'suis fâchée. Il n'y a pas d'ordre dans mes idées. J'ai hâte que ça soit fini, que je sache vraiment si je le déteste ou pas.