''Dans son temps'', c'était bien moins répandu. Il était un des seuls à jouer dans un groupe de musique. Ça ne fait pas si longtemps que ça, un peu moins qu'une vingtaine d'années peut-être, mais depuis quelques temps, il observe jalousement le changement qui s'effectue dans son univers.
Sa place au palmarès québécois a été conquise par des amateurs qui apprenaient à jouer leur première note quelques mois auparavant. Ces derniers ont eu le culot de comprendre les logiciels d'enregistrement, composer quelques chansons et attirer des nouveaux
fans sur leur page
MySpace... En quelques semaines, des possibilités de spectacles s'offraient déjà à eux.
Celui qui avait travaillé des années de temps sur son produit se voyait dépassé par des novices. Il m'offrait ses appréhensions face à cette nouvelle génération de musiciens, alors qu'on écoutait distraitement les vidéos clips sur Musique Plus. On aperçu son visage pour quelques
milisecondes.
Avant l'invention de
Gutenberg, la lecture était elle aussi réservée à l'élite sociale. Depuis, la démocratisation de cette capacité, souvent prise pour acquis, a rapidement changé le monde. La propagation de l'information renverse des gouvernements, établit des nouvelles normes culturelles, dénonce des injustices...
faut bien comprendre alors que l'innovation fait peur à certains.
Bien sur, parmi ces groupes dernier cri, les moins talentueux ne survivront pas très longtemps. La démocratisation de la musique mène à l'assainissement des produits. La preuve, les albums sont en voie
d'extinction; on choisit les chansons qui nous intéressent sur
ITunes, on oublie les autres si elles sont plus faibles.
Autrefois, on n'avait pas grand choix. Les dirigeants des grosses compagnies de disques dictaient les artistes qu'on écouterait. À part quelques émissions de radio alternatives, très tard le soir, l'accès à la musique
différente était plutôt restreinte. La musique venait au consommateur. Grâce à Internet,
MySpace, les blogs de musique, c'est nous qui découvrons ce qu'on veut entendre.
On compte aussi nombreux journalistes et écrivains qui accusent les
grandes gueules virtuelles d'abuser leur pouvoir d'opinion, qui critiquent les petites filles comme moi qui racontent des histoires sur leur blog, mais ça, c'est une tout autre histoire...