jeudi 6 janvier 2011

Aucune idée

(Captif d'un monde aride dans sa province d'origine, engourdi par la glace synthétique et l'incendie dans ses poumons... J'étais sa muse, qu'il m'assure, et le souvenir de ma peau lui servait de baume sucré. De glorieux après-midis dispersés en quelques années. Les cendres d'aventures abstraites, perdues dans la fumée. Petite fille comme moi, comment aurais-je pu lui coller à la peau?)

Comme d'habitude, je l'ai croisé sur Sainte-Catherine. Faisait des mois, peut-être plus d'une année, mais je l'ai reconnu de loin. Le contraste de ses vêtements. Sa peau trop pâle. Ses cheveux trop blonds, trop roux. Comme d'habitude. J'lui ai laissé mon numéro, car j'avais perdu le sien, et vice-versa, comme d'habitude. Ce soir-là, il m'a appelée, avec un rendez-vous fixé à 22 heures. Comme d'habitude, j'suis arrivée en retard. Mon wagon s'est arrêté devant lui, prêt à retourner en ville, prêt à laisser tomber.

Station Vendôme, si j'me souviens bien. On a monté vers la sortie et on s'est rendus près des clôtures; quelqu'un s'était occupé de couper le grillage avant nous. Il m'a tenu la main alors que mes vêtements s'accrochaient à des branches de métal, on a sautillé sur les rails de train, se partageant un joint en essayant d'éviter le gravier et les éclats de verre. Je regardais les étoiles; il m'disait que j'avais rien vu encore.

( J'venais à peine de sortir du secondaire quand je l'ai rencontré. J'lui ai dit que j'aimais ses pantalons jaune-carreautés. Pleins de patchs de studs et de petites cloches. Je frenchais son meilleur ami, il vivait avec sa copine; c'était facile. Si le monde entier se foutait de ma gueule, je pouvais compter sur lui pour des aventures tordantes dans le bas de la ville. Un univers à part. Je partais en voyage, il disparaissait pour quelques mois, on se perdait de vue, on se retrouvait, c'était bien. )



Puis on a réalisé qu'on avait rien d'autre à foutre et que chez moi, il y avait du rhum cheap et de la musique, alors j'ai fouillé le fond de mes poches pour un peu de change et on a pris le premier autobus Vers Dun.

Pas grand chose à offrir sauf un appartement vide. Pas de divan alors on s'allonge sur mon lit et on écoute des chansons des années 90. J'essaie de l'impressionner avec des trucs obscures mais il s'en fout un peu. Il boit un mauvais rhum and coke. Il m'embrasse sur la joue. Je me retourne vers lui. Puis on s'embrasse, encore, et toute la nuit.


Après quelques jours, on verse le cocktail dans l'évier.
On fume des joints, on s'embrasse, on sourit.

2 commentaires:

Y'a pas de gêne.