Remontons à la vieille époque, été 2006. Mon secondaire fraîchement terminé, je m'étais déniché une location d'été à NDG. Un appartement spacieux pour 200$ par mois. Parfait pour ma job de télémarketing à temps partiel; je vendais des systèmes de sécurité ADT de 9 à 1 heure et je pouvais ensuite profiter de ma vie. Aucun engagement nécessaire, je retournais à Mirabel en Septembre dans ma petite vie rangée.
Comme n'importe quelle mineure de banlieue, je me rendais quotidiennement sur Sainte-Catherine avec les yeux ouverts très grands, comme si le concept de boutiques de luxe et vendeurs de crack sur un même coin de rue était fascinant. J'appréciais ma nouvelle vie, ma nouvelle liberté. C'était bien.
Un jour, assise près de la fontaine de la Place des Arts, j'observais trois punks de rue, une fille et deux garçons. À mes yeux, ils incarnaient la liberté totale et ceux-ci paraissaient vraiment très heureux. Tentant de les épier de la façon la plus subtile possible, je ne pouvais cesser de me retourner.
Ils se mirent à marcher vers l'est; ne pouvant m'en empêcher, je les devança. Comme j'espérais, on m'adressa la parole.
Excuse-me miss, may I pinch your bum?
Absolument. C'était le garçon qui avait un petit chaton blanc enlacé au cou. Il agit avec toute la délicatesse du monde, me pinça la fesse, et se présenta ensuite. Un genre d'hippie avec des objets divers dans les cheveux pleins de nœuds. Il m'offrit de le visiter un jour, qu'il était toujours quelque part sur cette rue, que je pourrais venir boire avec lui. Pourquoi pas maintenant, lui répondit-je, et je pris une gorgée de son Fruitopia-Vodka.
C'était intéressant d'être assise sur le trottoir, ressentir le dégoût ou la pitié des passants et voir à quel point ils nous regardaient de haut. Rapidement, je me suis adaptée à la situation. Ensuite, j'ai embrassé le garçon. Avec la langue.
Même si il ne se brossait jamais les dents.
Il n'avait aucun potentiel de top modèle, même pas pour un circulaire Canadian Tire, mais je le trouvais extrêmement attirant. Je pourrais faire une psychanalyse de mon comportement mais je laisse ça aux adeptes de mon blog. (Allez.) Un garçon doux et fragile avec une histoire d'abus,
de viols et de violons. Il venait de Saskatchewan ou l'Alberta. Ou l'autre province, là.
Manitoba, c'est ça.
Un soir, alors qu'il était bien saoul, il m'a conté pleins de conneries à propos de ses rêves et de ses ambitions. Il voulait se trouver un emploi et un appartement pour m'y amener. J'y ai cru, j'y ai cru! Bizarrement, il n'a jamais voulu dormir chez moi; il préférait le ciment.
Tout d'un coup, ils ont disparus. Tous les trois. Quelques semaines plus tard, sur la Main, j'ai rencontré son ami de la fontaine. Celui avec la barbe, là. Paraît-il que Prairie Boy a été arrêté pour possession et vente de
Crystal Meth.
Depuis, je n'ai cessé de jeter mon dévolu sur des gagnants du genre.
Merci, Sainte-Catherine.