
Cher Yann,
Je l'avoue, ce n'était pas entièrement de sa faute. Si je cultive une frustration obsessionnelle contre monsieur Jay, aussi connu sous le nom du junkie, c'est que j'essaie de transférer le poids de mes épaules aux siennes, que j'essaie de ne pas me sentir aussi coupable de ma naïveté précédente.
Et oui, j'ai été idiote de faire confiance à un héroïnomane avec cet argent prêté, je te l'accorde. Mais par contre, le reste de ton petit message,
c'est de la pure merde. Et je ne parle pas seulement de cette grammaire insupportable.
''
j'en vois plein d'monde sa rue y font a peu pres 100-200piaces par jour, pourquoi y sont dans rue ? pcq y s'le mette toute dans l'nez, dans les veines, ou ailleurs...''La drogue n'est pas automatiquement la cause de l'itinérance, tout comme
elle n'est pas toujours la conséquence. Je ne nie pas qu'elle est problématique, par contre. 100$-200$ par jours, du calme! Ce n'est que ceux qui vendent de la drogue qui peuvent faire ce genre de profit. En plein festival de Jazz, 40$, peut-être, mais en saison morte, j'aimerais bien savoir à quelle coin de rue on doit s'assoir pour faire ce genre d'argent parce que je n'ai jamais vu ça.
''... ce monde la ont pas besoin de pitié, parce qu'il sont parfaitement confortable avec leur existance minable, tant et aussi longtemps qu'il a un moyen d'en echapper avec de la drogue, ça passe avant tout, amis, amours, famille, parole...''
La pitié, c'est pour ceux qui se sentent supérieur. Ce qu'ils ont besoin, c'est
un peu de compréhension.Rares sont ceux qui sont confortables avec cette ''existence minable'' dont tu parles. La majorité d'entre eux souffrent de
problèmes mentaux (40% de la population Sans Domicile Fixe) ou
traumatismes, des facteurs qui sont hors de leur contrôle. La très grande majorité de ceux auxquels j'ai pu me rapprocher ont vécu une forme d'abus dans leur enfance et ces cicatrices ne sont pas réparables.
Peu importe la raison qui les ont poussés à leur première gorgée, leur premier joint, leur première ligne, première aiguille, ils s'y sont accrochés. Certains l'ont fait pour alléger des souffrances, certains pour s'amuser. Ils ont aimé la sensation. Ne soyons pas hypocrites, qui sommes nous pour les blâmer de consommer?
Notre usage récréatif est-il réellement moins condamnable?La dépendance est une maladie. Je ne parle pas d'habitude.
Je me souviendrai toujours de ce qu'une ancienne connaissance m'a dit, couchée sur le ciment, le chandail couvert de traces de vomit; ''
The only thing worse than what I'm feeling right now is knowing that it's going to be much worse tomorrow. '' Et lui,
crois-tu qu'il est confortable dans son existence misérable?"j'cotoie ses gens la a tous les jours, "t'as pas 65cents boss?".. quoi ? ah oui bien sur lui y'é différent, comme le gars ki venait au mont-royal tous les dimanche que j'ai vu lautre fois s'piquer pis qui m'reconnais meme plus.. ''Pardon? Tu ne côtoie pas ces gens,
tu ne fais que passer à côté en sortant du métro.Et puis, évidemment qu'il ne te reconnait plus. Avais-tu un importance dans sa vie? La fille du dépanneur ne se rappelle jamais de moi, tu crois qu'elle est comme toutes les autres? Bien sûr que non, parce qu'elle fait son travail, elle me demande si ça va être tout, je lui réponds poliment, je lui souhaite une bonne journée. Le 65 cents que tu lui as laissé? T'es pas le seul à l'avoir fait.
''Ouais yétais bin différent jusquace que jle vois tout les jours au metro berri maintenant jle trouve tres semblable a tous les autres..''
On t'as déjà expliqué comment les êtres humains sont comme des flocons de neige?
Il faut être vraiment simple d'esprit pour croire que les sans-abris sont tous pareils. Bref, je pourrais continuer, mais ça serait une entrée trop longue et mon blog serait moins beau. Si t'as une riposte, tu peux la laisser ici, je serais enchantée de me débattre avec toi sur ce sujet qui me passionne. J'en ai beaucoup plus à dire.
Bisous,
Cristine Lachapelle